Mali: la suspension de la Cedeao de 2021 est moins restrictive que celle de 2020

Colonel Assimi Goita speaks to the press at the Malian Ministry of Defence in Bamako, Mali, on August 19, 2020 after confirming his position as the president of the National Committee for the Salvation of the People (CNSP). - The military junta that took power in Mali on August 19, 2020, asked that the population resume "its activities" and cease "vandalism" the day after the coup that ousted President Ibrahim Boubacar Keita and his government. (Photo by MALIK KONATE / AFP)

Après le coup d’Etat de 2020, la Cedeao avait suspendu le Mali de tous ses organes de décision, fermé les frontières de ses Etats membres et stoppé les échanges financiers et commerciaux avec le pays, à l’exception des produits de première nécessité. Dimanche, les chefs d’Etat ouest-africains ont décidé au Ghana de suspendre le Mali de la Cedeao après le départ forcé des dirigeants de la transition, qu’ils ont condamné tout en se gardant d’autres sanctions.

Les présidents des 15 pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ou leurs représentants « condamnent fermement le récent coup d’Etat » et, « après de longues discussions (…) décident de suspendre le Mali des institutions de la Cédéao », dit le communiqué final de ce sommet extraordinaire à Accra.

Ils réclament la nomination « immédiate » d’un « nouveau » Premier ministre issu de la société civile. Ils « exigent » la libération « immédiate » des anciens président et Premier ministre de transition, arrêtés lundi et écartés du pouvoir avant que le colonel Assimi Goïta ne soit déclaré président vendredi. Les deux anciens dirigeants sont rentrés chez eux, mais sont assignés à résidence, dit la Cedeao.

Elle réaffirme la nécessité que la transition ouverte après le premier coup d’Etat d’août 2020 et censée ramener les civils au pouvoir soit limitée à 18 mois, et que des élections générales aient lieu comme prévu en février 2022.

Contrairement à 2020 l’organisation sous-régionale reste silencieuse sur la désignation du colonel Goïta comme président. Elle ne réclame pas le rétablissement des ex-président et Premier ministre dans leurs fonctions. Après le putsch d’août 2020, elle avait exigé et obtenu la nomination d’une président et d’un Premier ministre de transition civils. Elle « réitère (…) que le chef de la transition, le vice-président et le Premier ministre de transition ne doivent en aucune circonstance être candidat à la future élection présidentielle », dit-elle non sans ambiguïté. Assimi Goïta était vice-président jusqu’à vendredi.

Sanstions de 2020 mal ressenties

En 2020, la Cedeao avait levé les sanctions quand la junte avait paru se plier à ses exigences. Pour ce sommet extraordinaire d’Accra de dimanche, le doute prévalait cependant quant à la fermeté de la Cedeao. En effet, les sanctions d’août 2020 avaient été mal ressenties par une population éprouvée dans un pays exsangue.

Assimi Goïta quant à lui s’est rendu samedi à Accra où la Cedeao a dit l’inviter pour des « consultations » mais il n’était apparemment pas présent dimanche dans la salle du sommet. La Cedeao devait trancher la question épineuse de leur réponse au deuxième putsch des militaires en neuf mois à la tête de ce pays crucial pour la stabilité du Sahel face à la propagation jihadiste.

La Cour constitutionnelle a déclaré vendredi le colonel Assimi Goïta président de transition, parachevant le coup de force déclenché le 24 mai contre ceux qui se trouvaient entre lui et la direction de ce pays pris dans une tourmente aux multiples dimensions sécuritaire, économique et politique, depuis le déclenchement de rébellions indépendantistes et jihadistes en 2012 dans le nord.

Depuis, les violences se sont étendues au centre du pays et au Burkina Faso et au Niger voisins. Une attaque imputée à des jihadistes par un responsable sécuritaire dans le sud près des frontières ivoirienne et guinéenne a fait cinq morts dimanche et conforté la crainte d’une contamination de zones relativement épargnées.

Comme les autres partenaires du Mali, la Cedeao a exprimé ses « profondes préoccupations » devant les récents soubresauts politiques dans un tel contexte.

Avec la nomination du colonel Goïta, la Cour constitutionnelle malienne a officialisé un fait accompli auquel ces partenaires avaient essayé de s’opposer après le coup d’Etat d’août 2020.

Assimi Goïta et un groupe de colonels avaient alors renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta mais, sous la pression internationale, avaient accepté la nomination d’un président et d’un Premier ministre civils.

La junte avait cependant taillé pour Assimi Goïta une vice-présidence sur mesure, investie des charges primordiales de la sécurité. 

Le Soleil

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